Laura Bécquer Paseiro
LE 2 avril 1982, l’Argentine et le Royaume uni
entraient en guerre pour la souveraineté des Îles
Malouines. Ce conflit causa la mort de 649 militaires
argentins, 255 britanniques et trois civils.
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Cristina
Kirchner a présidé la cérémonie commémorant
le 30e anniversaire du début de la guerre
des Malouines, à Ushuaia, capitale de la
province argentine de la Terre de Feu. |
Ce différend date de 1833, lorsque le 2 avril le
capitaine de la marine britannique John James Onslow
informa tout simplement les autorités argentines qu’il
venait prendre possession de l’île pour le compte du roi
d’Angleterre, et qu’il fallait évacuer le territoire.
Le petit nombre d’Argentins qui habitaient l’île fut
délogé par la force par les membres de l’expédition
britannique, qui s’appropria l’archipel et y établit une
petite colonie. Ainsi, la Grande-Bretagne dévoilait ses
visées coloniales.
Les territoires énergiquement réclamés par le
gouvernement argentin sont considérés comme une zone
intégrale et indivisible de son territoire, illégalement
occupée par une puissance étrangère. Ces territoires
sont rattachés à la Terre de feu, à l’Antarctide et aux
Îles de l’Atlantique sud, tout comme les îles Sandwich
du Sud et l’île de la Géorgie du Sud, et les Orcades du
sud, dans le Département des Îles de l’Atlantique sud.
Le différend territorial comprend également les espaces
maritimes adjacents aux îles.
Plusieurs analystes parlent d’une conspiration des
services secrets britanniques. Des pêcheurs argentins
avaient été envoyés en Georgie du Sud pour y planter des
drapeaux argentins, ce qui donna un prétexte aux
Britanniques pour protester contre ce « manque de
respect » et dépêcher leurs bâtiments de guerre vers la
région. Ainsi, si l’Argentine était restée impassible
devant cette provocation, cela aurait voulu dire
implicitement qu’elle renonçait à ses droits sur les
Malouines. Le piège avait fonctionné, comme le fait
remarquer Bruno Tondini dans son ouvrage Les Îles
Malouines, leur histoire, la guerre et l’économie, et
les aspects juridiques et leur rapport avec le Droit
humanitaire.
Pour les stratèges britanniques, il aurait été
impensable que Buenos Aires joue le rôle d’agresseur. « L’objectif
britannique était d’obtenir la possibilité de réagir
militairement avec tous les moyens de la Royal Navy,
comme ils l’avaient prévu depuis 1976 et, affranchi de
la tutelle de l’ONU, agir en "légitime défense" et
construire leur "Falkland Fortress" », affirme Tondini.
Dans ses mémoires, la Première ministre britannique
Margaret Thatcher relève l’importance de la victoire
britannique, qu’elle célèbre comme une victoire de son
gouvernement qui lui a permis d’avoir deux mandats de
plus au pouvoir au moment où la société britannique
était déchirée par des conflits. De fait, la « Dame de
fer » s’est toujours opposée à une solution négociée.
À cet égard, dans une de ses Réflexions Fidel parle
de « l’extorsion criminelle dont l’Argentine a été
victime quand on lui a enlevé un pan de son territoire à
l’extrême sud du continent, où les Britanniques ont
utilisé leur appareil militaire décadent pour assassiner
des recrues argentines vêtues d’uniformes d’été en plein
hiver austral. Les États-Unis et leur allié Augusto
Pinochet y offrirent à l’Angleterre un appui
ignominieux ».
Il se trouve que les yankees ont appuyé ouvertement
et effrontément le Royaume uni dans ce conflit. Leur
objectif : étayer la domination de Londres dans une zone
faisant partie du système intégré de défense de l’OTAN,
et des plans militaires US dans l’Atlantique Sud.
Des documents déclassifiés du Département d’État et
de la CIA révèlent des détails sur la participation de
la Maison-Blanche à la guerre des Malouines. Le
journaliste Martin Granovsky, dans le quotidien Pagina
12, mentionne une lettre du président Ronald Reagan à
son secrétaire d’État Alexander Haig. Reagan écrivait :
« Après avoir votre rapport sur vos conversations à
Londres, on a une idée assez claire de la difficultés
que peut représenter la recherche d’un engagement
permettant à Maggie (Thatcher) de continuer et en même
temps de passer le test de d’"équité" avec nos voisins
latinos. Dans ces conditions il n’y a pas beaucoup de
marge de manœuvre pour la position britannique et on ne
peut pas être optimiste ».
Reagan proposa à Haig d’insister sur la nécessité
d’une présence multinationale et d’obtenir de Leopoldo
Galtieri, qui occupa la présidence argentine entre 1981
et 1982, pendant le « Processus de réorganisation
nationale » de la dictature, un engagement de retrait
des troupes compatible ce qu’on exigeait du Royaume uni
en ce qui concerne une distance minimale pour ses sous-marins
nucléaires.
Le soutien de Washington à son associé européen a mis
en évidence la farce du Traité interaméricain
d’assistance réciproque (TIAR), par lequel tous les pays
du système interaméricain avaient l’obligation de
repousser toute invasion d’un pays étranger à la région.
Parmi les articles de ce pacte de défense datant de
1947, se trouve l’alinéa 3.1 qui stipule qu’« une
attaque armée provenant de tout État contre un État
américain sera considérée comme une attaque contre tous
les États américains ». Le TIAR a été sollicité à une
vingtaine de reprises, mais seulement lorsque les
intérêts de la Maison-Blanche étaient en jeu, aussi bien
pour tenter d’isoler Cuba que pour justifier sa dénommée
« guerre contre le terrorisme » des États-Unis.
CAUSE COMMUNE
Trente ans après cette escalade militaire, Buenos
Aires n’a cessé de revendiquer ses droits sur cet
archipel de l’Atlantique Sud, malgré l’intransigeance
persistante et l’arrogance de Londres.
L’envoi du prince William dans les îles Malouines et
la présence d’un puissant sous-marin nucléaire dans la
région contrastent avec la position de l’Argentine, qui
a clairement manifesté sa volonté de rechercher une
solution négociée, issue du dialogue. Londres persiste
dans son refus et préfère ignorer les recommandations du
Comité de décolonisation des Nations unies et la
Résolution 2065 de l’Assemblée générale, qui appelle les
parties à trouver une solution pacifique à leur
différend.
L’Argentine a qualifié de telles actions « d’ acte de
provocation qui montre la présence militaire britannique
dans une zone de paix où il n’y a pas de conflit armé. »
Le Royaume uni a monté d’un cran en agressivité en
militarisant encore plus l’Atlantique Sud et en violant
les accords régionaux en faveur de la dénucléarisation
de la zone. « Le Premier ministre David Cameron proclame
à son tour, comme l’avait déjà fait Margaret Thatcher,
son droit de recourir aux sous-marins atomiques pour
tuer des Argentins » signalait Fidel.
Le politologue Atilio Boron estime qu’il y a
longtemps que son pays s’est retrouvé « attrapé par les
séquelles paralysantes de la défaite honteuse subie il y
a 30 ans – à cause de l’incompétence, la fanfaronnerie
et la démagogie de la dictature génocide –, et de la
voie morte d’une stratégie diplomatique qui, en dépit de
sa persévérance, n’a pas donné de fruit, l’«ordre
mondial» étant en réalité un désordre cruel et injuste
régi la loi du plus fort ».
Cependant, le précieux soutien que l’Amérique latine
a apporté à cette cause prouve que l’Argentine n’est pas
seule dans la revendication de son droit légitime. Dans
cette bataille qu’elle livre depuis 179 ans, les peuples
du Sud du Rio Bravo ont fait cause commune en rejetant
le colonialisme maquillé du Royaume uni. « Le
gouvernement de ce pays ignore que le monde est en train
de changer et que notre continent et la plupart des
peuples méprisent toujours plus les agresseurs »,
affirmait Fidel.
Les positions courageuses et énergiques d’organismes
régionaux comme la CELAC, le Mercosur, l’Unasur et
l’ALBA sont là pour le prouver. Ils exhortent à une
reprise des négociations et ratifient que cet archipel
austral occupé par la Grande Bretagne est une partie
inséparable du territoire national argentin.
Même si la solution du conflit n’est pas encore en
vue, la fermeté et la détermination du gouvernement et
du peuple argentins dans leur juste revendication sont
un motif d’admiration. L’histoire saura rendre un jour
justice à cette nation sœur.