Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

TEXTE seulement  

 n o t r e   a m e r i q u e

La Havane. le 5 Avril 2012

30e ANNIVERSAIRE DE LA GUERRE DES MALOUINES
Les mauvais comptes ne font pas
les bons amis

Laura Bécquer Paseiro

LE 2 avril 1982, l’Argentine et le Royaume uni entraient en guerre pour la souveraineté des Îles Malouines. Ce conflit causa la mort de 649 militaires argentins, 255 britanniques et trois civils.


Cristina Kirchner a présidé la cérémonie commémorant le 30e anniversaire du début de la guerre des Malouines, à Ushuaia, capitale de la province argentine de la Terre de Feu.

Ce différend date de 1833, lorsque le 2 avril le capitaine de la marine britannique John James Onslow informa tout simplement les autorités argentines qu’il venait prendre possession de l’île pour le compte du roi d’Angleterre, et qu’il fallait évacuer le territoire.

Le petit nombre d’Argentins qui habitaient l’île fut délogé par la force par les membres de l’expédition britannique, qui s’appropria l’archipel et y établit une petite colonie. Ainsi, la Grande-Bretagne dévoilait ses visées coloniales.

Les territoires énergiquement réclamés par le gouvernement argentin sont considérés comme une zone intégrale et indivisible de son territoire, illégalement occupée par une puissance étrangère. Ces territoires sont rattachés à la Terre de feu, à l’Antarctide et aux Îles de l’Atlantique sud, tout comme les îles Sandwich du Sud et l’île de la Géorgie du Sud, et les Orcades du sud, dans le Département des Îles de l’Atlantique sud. Le différend territorial comprend également les espaces maritimes adjacents aux îles.

Plusieurs analystes parlent d’une conspiration des services secrets britanniques. Des pêcheurs argentins avaient été envoyés en Georgie du Sud pour y planter des drapeaux argentins, ce qui donna un prétexte aux Britanniques pour protester contre ce « manque de respect » et dépêcher leurs bâtiments de guerre vers la région. Ainsi, si l’Argentine était restée impassible devant cette provocation, cela aurait voulu dire implicitement qu’elle renonçait à ses droits sur les Malouines. Le piège avait fonctionné, comme le fait remarquer Bruno Tondini dans son ouvrage Les Îles Malouines, leur histoire, la guerre et l’économie, et les aspects juridiques et leur rapport avec le Droit humanitaire.

Pour les stratèges britanniques, il aurait été impensable que Buenos Aires joue le rôle d’agresseur. « L’objectif britannique était d’obtenir la possibilité de réagir militairement avec tous les moyens de la Royal Navy, comme ils l’avaient prévu depuis 1976 et, affranchi de la tutelle de l’ONU, agir en "légitime défense" et construire leur "Falkland Fortress" », affirme Tondini.

Dans ses mémoires, la Première ministre britannique Margaret Thatcher relève l’importance de la victoire britannique, qu’elle célèbre comme une victoire de son gouvernement qui lui a permis d’avoir deux mandats de plus au pouvoir au moment où la société britannique était déchirée par des conflits. De fait, la « Dame de fer » s’est toujours opposée à une solution négociée.

À cet égard, dans une de ses Réflexions Fidel parle de « l’extorsion criminelle dont l’Argentine a été victime quand on lui a enlevé un pan de son territoire à l’extrême sud du continent, où les Britanniques ont utilisé leur appareil militaire décadent pour assassiner des recrues argentines vêtues d’uniformes d’été en plein hiver austral. Les États-Unis et leur allié Augusto Pinochet y offrirent à l’Angleterre un appui ignominieux ».

Il se trouve que les yankees ont appuyé ouvertement et effrontément le Royaume uni dans ce conflit. Leur objectif : étayer la domination de Londres dans une zone faisant partie du système intégré de défense de l’OTAN, et des plans militaires US dans l’Atlantique Sud.

Des documents déclassifiés du Département d’État et de la CIA révèlent des détails sur la participation de la Maison-Blanche à la guerre des Malouines. Le journaliste Martin Granovsky, dans le quotidien Pagina 12, mentionne une lettre du président Ronald Reagan à son secrétaire d’État Alexander Haig. Reagan écrivait : « Après avoir votre rapport sur vos conversations à Londres, on a une idée assez claire de la difficultés que peut représenter la recherche d’un engagement permettant à Maggie (Thatcher) de continuer et en même temps de passer le test de d’"équité" avec nos voisins latinos. Dans ces conditions il n’y a pas beaucoup de marge de manœuvre pour la position britannique et on ne peut pas être optimiste ».

Reagan proposa à Haig d’insister sur la nécessité d’une présence multinationale et d’obtenir de Leopoldo Galtieri, qui occupa la présidence argentine entre 1981 et 1982, pendant le « Processus de réorganisation nationale » de la dictature, un engagement de retrait des troupes compatible ce qu’on exigeait du Royaume uni en ce qui concerne une distance minimale pour ses sous-marins nucléaires.

Le soutien de Washington à son associé européen a mis en évidence la farce du Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR), par lequel tous les pays du système interaméricain avaient l’obligation de repousser toute invasion d’un pays étranger à la région. Parmi les articles de ce pacte de défense datant de 1947, se trouve l’alinéa 3.1 qui stipule qu’« une attaque armée provenant de tout État contre un État américain sera considérée comme une attaque contre tous les États américains ». Le TIAR a été sollicité à une vingtaine de reprises, mais seulement lorsque les intérêts de la Maison-Blanche étaient en jeu, aussi bien pour tenter d’isoler Cuba que pour justifier sa dénommée « guerre contre le terrorisme » des États-Unis.

CAUSE COMMUNE

Trente ans après cette escalade militaire, Buenos Aires n’a cessé de revendiquer ses droits sur cet archipel de l’Atlantique Sud, malgré l’intransigeance persistante et l’arrogance de Londres.

L’envoi du prince William dans les îles Malouines et la présence d’un puissant sous-marin nucléaire dans la région contrastent avec la position de l’Argentine, qui a clairement manifesté sa volonté de rechercher une solution négociée, issue du dialogue. Londres persiste dans son refus et préfère ignorer les recommandations du Comité de décolonisation des Nations unies et la Résolution 2065 de l’Assemblée générale, qui appelle les parties à trouver une solution pacifique à leur différend.

L’Argentine a qualifié de telles actions « d’ acte de provocation qui montre la présence militaire britannique dans une zone de paix où il n’y a pas de conflit armé. »

Le Royaume uni a monté d’un cran en agressivité en militarisant encore plus l’Atlantique Sud et en violant les accords régionaux en faveur de la dénucléarisation de la zone. « Le Premier ministre David Cameron proclame à son tour, comme l’avait déjà fait Margaret Thatcher, son droit de recourir aux sous-marins atomiques pour tuer des Argentins » signalait Fidel.

Le politologue Atilio Boron estime qu’il y a longtemps que son pays s’est retrouvé « attrapé par les séquelles paralysantes de la défaite honteuse subie il y a 30 ans – à cause de l’incompétence, la fanfaronnerie et la démagogie de la dictature génocide –, et de la voie morte d’une stratégie diplomatique qui, en dépit de sa persévérance, n’a pas donné de fruit, l’«ordre mondial» étant en réalité un désordre cruel et injuste régi la loi du plus fort ».

Cependant, le précieux soutien que l’Amérique latine a apporté à cette cause prouve que l’Argentine n’est pas seule dans la revendication de son droit légitime. Dans cette bataille qu’elle livre depuis 179 ans, les peuples du Sud du Rio Bravo ont fait cause commune en rejetant le colonialisme maquillé du Royaume uni. « Le gouvernement de ce pays ignore que le monde est en train de changer et que notre continent et la plupart des peuples méprisent toujours plus les agresseurs », affirmait Fidel.

Les positions courageuses et énergiques d’organismes régionaux comme la CELAC, le Mercosur, l’Unasur et l’ALBA sont là pour le prouver. Ils exhortent à une reprise des négociations et ratifient que cet archipel austral occupé par la Grande Bretagne est une partie inséparable du territoire national argentin.

Même si la solution du conflit n’est pas encore en vue, la fermeté et la détermination du gouvernement et du peuple argentins dans leur juste revendication sont un motif d’admiration. L’histoire saura rendre un jour justice à cette nation sœur.
 

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Lazaro Barredo Medina
/ Directeur éditorial: Gustavo Becerra Estorino
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano
© Copyright. 1996-2012.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page