L'Argentine veut
retrouver sa souveraineté pétrolière
Sergio Alejandro Gomez
AVEC la nationalisation de 51% des actions de la
compagnie Yacimientos Petroliferos Fiscales (YPF), le
gouvernement argentin entend retrouver sa souveraineté
sur cette ressource stratégique, qui sera mise au
service du développement et de l’industrialisation du
pays au milieu de la difficile conjoncture économique
mondiale, estiment de nombreux analystes.
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La
présidente Cristina Fernandez lors de la
conférence de presse à Buenos Aires, où elle
a annoncé la nationalisation de 51% de
l'entreprise YPF, filiale du groupe
pétrolier espagnol Repsol. |
Selon l’Argenpress, la présidente Cristina Fernandez
de Kirchner a soumis au Congrès un projet de loi
déclarant d’intérêt public l’exploitation des
hydrocarbures, et décrétant l’expropriation de 51% de
cette compagnie, filiale du groupe pétrolier espagnol
Repsol.
Des sources officielles précisent que le prix auquel
Repsol doit être exproprié sera déterminé par un
tribunal d’évaluation. Le contrôle de la compagnie
pétrolière, détenu actuellement à 57,4% par Repsol,
devrait être ramené à un peu plus de 6%.
Le décret qui vient d’entrer en vigueur prévoit
également l’« intervention transitoire de YPF pendant
une durée de 30 jours pour assurer la continuité de
l’entreprise, la préservation de ses actifs et de son
patrimoine, les fournitures de combustibles, ainsi que
la couverture des besoins du pays ».
Le projet a déjà été approuvé par les commissions du
Sénat des Affaires constitutionnelles, de l’Énergie, du
Budget et des Finances publiques, et sera soumis à la
Chambre.
Le gouvernement argentin avait remis en question la
politique de Repson-YPF, dont la production de gaz et de
pétrole avait diminué d’année en année, ce qui a obligé
l’Argentine à importer des hydrocarbures pour plus de 9
milliards de dollars en 2011, soit un peu moins que le
total de l’excédent commercial du pays, d’après des
statistiques officielles.
La compagnie YPF, fondée en 1922, fut à l’avant-garde
de la participation étatique dans l’exploitation de
pétrole, jusqu’à ce qu’elle soit privatisée dans le
cadre des politiques néolibérales sous l’égide de Carlos
Saul Menem (1989-1999) qui ont dévasté le pays.
La plus importante entreprise énergétique argentine
conservera son statut de société privée, mais YPF
passera à 51% dans les mains argentines, réparti entre
l’État national et les provinces productrices. D’après
la Maison Rose, le siège du pouvoir exécutif argentin,
cette mesure vise à « optimiser les investissements »,
« encourager l’exploitation et la commercialisation des
hydrocarbures à haute valeur ajoutée » et à « la
protection et l’exploitation rationnelle » de ces
ressources.
Par ailleurs, la présidente argentine a souligné dans
son discours de présentation du projet de loi que « l’Argentine
est le seul pays d’Amérique latine, voire du monde, qui
ne maîtrise pas ses ressources en hydrocarbures »,
ajoutant que son administration a montré que l’État est
à même de gérer efficacement les richesses du pays.
L’agence Prensa Latina rapporte que plusieurs
présidents d’Amérique latine et organismes
internationaux ont manifesté leur soutien à la décision
de l’Argentine, qui lui permet de rejoindre le groupe de
pays de la région comme le Brésil (Petrobras) et le
Venezuela (PDVSA) qui ont fait de l’exploitation à
participation étatique des hydrocarbures un moteur de
croissance économique et de réduction des inégalités
sociales.