Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 7 Juin 2012 

Les « semeurs de démocratie »

Manuel E. Yepe

LORSQU’AU mois d’avril dernier la monarchie des Émirats arabes unis a ordonné la fermeture des bureaux du National Democratic Institute (NDI) à Abu Dhabi, le New York Times a rapporté que la nouvelle avait jeté un grand froid parmi les secteurs de l’opinion publique aux États-Unis qui considèrent le NDI comme une agence respectable « sans but lucratif », qui a pour mission de promouvoir la démocratie dans le monde.

Le NDI s’identifie comme une organisation non gouvernementale (ONG), bien qu’il soit de notoriété publique qu’il est financé par le gouvernement des États-Unis par le biais du Département d’État et de la CIA.

D’après l’article du Times signé par Steven Lee Myers, l’on constate que « la majorité des citoyens accepte comme la chose la plus naturelle que le gouvernement des États-Unis subventionne des organisations qui envoient des gens dans le monde entier diffuser la démocratie, au point même d’aider à promouvoir des révolutions dans des pays considérées comme pas assez jeffersoniens ».

D’après Myers, la décision des Émirats arabes unies (EAU) constitue un « défi diplomatique surprenant et un acte provocateur » intervenu précisément à un moment où était annoncé l’arrivée de la secrétaire d’État Hillary Clinton aux Émirats pour s’entretenir avec les dirigeants de ce pays et d’autres pays membres du Conseil de coopération du Golfe (Gulf Cooperation Council).

La chef de la diplomatie des États-Unis n’a pas tardé à déplorer le geste des EAU, même si elle l’a fait en des termes plutôt mous… Elle a rappelé que le NDI joue un rôle vital dans le soutien aux ONG et à la société civile dans la région. Mme Clinton s’est limitée à annoncer que cette question serait abordée avec les autorités du pays hôte.

Il est possible que cette réaction modérée de la part d’Hillary Clinton qui, normalement, aurait donné libre cours à sa colère et à son arrogance, ait obéi à la nécessité d’accepter la circonstance spécifique, et de se situer dans une perspective régionale.

Il est bon de rappeler qu’en Égypte un groupe de représentants d’ « ONG de défense des droits de l’Homme et de promotion de la démocratie » avaient été arrêtées. Ils étaient menacés d’être traduits en justice pour ingérence dans les affaires intérieures de ce pays.

Parmi ces organisations figuraient trois ONG des États-Unis connues pour leurs liens étroits avec la CIA : le NDI, la Freedom House et l’International Republican Institute, accusées d’avoir établi des filiales d’organisations internationales en Egypte sans avoir obtenu l’agrément du gouvernement égyptien, et d’avoir reçu des financements de l’étranger. Ces financements étaient estimés à 65 millions de dollars, destinés à des actions de pression et à influencer les élections en faveur des objectifs politiques de Washington dans la région.

L’affaire a fait davantage de bruit aux USA, car parmi les accusés figuraient 16 citoyens de ce pays, dont Sam LaHood, le fils du ministre des Transports Ray LaHood. Ils ont été relâchés lorsque Hillary Clinton a déclaré que Washington pourrait revoit son assistance militaire à l’Égypte, évaluée à 1,3 milliard de dollars.

Les trois organisations étasuniennes qui agissaient sous le couvert d’ONG et sous l’aile de la CIA restent interdites de travailler en Égypte.

Moscou s’est également plaint des activités d’ingérence d’ONG étasuniennes en Russie.

Vladimir Poutine a révélé que pendant sa campagne présidentielle, les États-Unis ont débloqué des centaines de millions de dollars pour tenter d’influer l’issue des élections.

La Chine a également lancé des accusations similaires faisant état d’ingérence contre Washington.

Dans un article intitulé Unmasking the Democracy Promoters, Robert W. Merry, éditeur de la revue The National Interest et auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire et la politique extérieure des États-Unis, se demande comment réagiraient les citoyens de son pays si des organisations similaires russes, chinoises ou indiennes destinaient autant d’argent pour influencer la politique intérieure des États-Unis.

Merry cite les propos tenus il y a quelques années par Michael McFaul, représentant du NDI en Russie : « Nous n’allons pas dicter à la Russie le chemin de la démocratie. Nous allons seulement appuyer ce que nous aimons appeler les valeurs universelles. Pas les valeurs américaines ou occidentales, mais les valeurs universelles ».

Et Merry de demander : « Quel est l’arbitre qui détermine ces valeurs universelles ? Comment sont choisies les personnes censées agir en porte-drapeaux de ces valeurs ? Pour le savoir, il nous faudrait peut-être aller en Russie et questionner Michael McFaul, l’actuel ambassadeur des États-Unis à Moscou... »
 

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