Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

     

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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 2 Août 2012 

L'omerta sur l'Islande ?

Manuel E. Yepe

IL y a quatre ans qu’en Islande – cette île glaciale européenne située au milieu de l’Atlantique, d’une population d’à peine plus de 300 000 habitants –, il se passe des choses intéressantes et novatrices dont les grands médias se gardent bien de parler, ce qui confirme la manipulation de l’opinion publique à laquelle se livrent la superpuissance et les oligarchies nationales.

Pourquoi les médias traditionnels sont-ils restés aussi discrets à propos de l’Islande ? Il n’y a certes pas eu de révolution sociale en Islande, mais il s’est produit un événement presque aussi grave pour la haute hiérarchie des finances : une révolution contre la tyrannie des banques capitalistes dans un univers mondialisé, dont les racines sont à Wall Street.

Même si ses centrales géothermiques lui ont assuré une indépendance énergétique importante, ce pays est doté de faibles ressources naturelles supplémentaires, et les produits de la pêche représentent 40% de ses exportations, ce qui le rend vulnérable. À l’instar des autres pays d’Europe, l’Islande s’est progressivement endettée envers les banques, par l’effet d’un système financier néolibéral encouragé par les États-Unis qui l’a fait vivre au-dessus de ses possibilités réelles. Et l’économie réelle a voulu lui faire payer la facture.

Pour faire face aux effets d’une crise dévastatrice, il y quatre ans le gouvernement islandais avait décrété la nationalisation des principales banques du pays. En représailles, Londres procéda au gel des actifs de 300 000 clients islandais, et 910 millions d’euros investis dans des banques islandaises par des administrations locales et des entités publiques du Royaume Uni. L’île dut débloquer 3,7 millions d’euros de l’argent public afin de pouvoir indemniser ces clients.

Avec des dettes bancaires qui se montent à plusieurs fois son PIB annuel, l’Islande a vu sa monnaie s’effondrer, la bourse a interrompu ses activités et le pays s’est déclaré en faillite.

Des manifestations imposantes devant le Parlement à Reykjavik, la capitale, ont contraint le gouvernement à convoquer des élections anticipées, provoquant la démission du Premier ministre conservateur Geir H. Haarde et, en bloc, de tout le gouvernement.

Un projet de loi largement débattu au Parlement prévoyait de faire retomber sur les épaules des citoyens de l’île le remboursement aux banques britanniques et néerlandaises de la dette de 3,5 milliards d’euros, un montant que paieraient mensuellement toutes les familles islandaises pendant les 15 prochaines années.

La population redescendit dans la rue. Un référendum fut organisé sur le sujet : 60% des électeurs se déplacèrent et 93% d’entre eux rejetèrent les modalités du remboursement de la dette aux Britanniques et Néerlandais.

Face à une telle victoire de la révolution pacifique islandaise, le FMI bloqua toute aide économique à l’Islande jusqu’à ce que la dette soit remboursée.

Le gouvernement lança une enquête pour poursuivre au tribunal les personnes jugées responsables de la crise. Un grand nombre de cadres et de banquiers furent arrêtés, et Interpol délivra des mandats d’arrêt contre tous les banquiers impliqués ayant quitté le pays.

Dans ce contexte, une assemblée fut élue pour rédiger une nouvelle Constitution prenant en compte les leçons de la crise pour remplacer la constitution d’alors, qui était une copie de la constitution danoise. 25 citoyens sans affiliation politique furent choisis parmi 522 candidats.

La relance économique de l’Islande, après s’être débarrassée du fardeau de la dette envers les banques, est vue par les cliques capitalistes européennes comme un exemple dangereux pour des pays aujourd’hui épinglés comme étant les « mauvais payeurs » de la dette européenne, comme la Grèce et l’Irlande. Surtout si l’on sait que de nombreux économistes estiment que c’est précisément la faillite des banques qui a provoqué de telles avancées.

Non seulement l’économie islandaise ne s’est pas effondrée avec la solution de la crise à partir du non paiement de la dette, mais il s’avère que l’Islande a bouclé l’année 2011 avec une croissance de 2,1%, et il est même prévu qu’elle enregistre en 2012 une croissance de 1,5%, un chiffre trois fois supérieur aux prévisions pour les pays de la zone euro.

Une bonne partie de cette croissance est à mettre au compte du tourisme et de l’industrie de la pêche. Ce qui contraste avec le panorama qu’offrent d’autres économies européennes, stagnantes ou déclinantes.

Le recouvrement de la souveraineté par l’Islande a reflété le combat de ce pays pour plus de justice et de dignité. Des politiciens et des banquiers corrompus ont été traduits en justice. Et, comme pour réaffirmer son indépendance, l’Islande a été le premier pays d’Europe occidentale à reconnaître l’État de Palestine en tant que pays indépendant. Ce qu’aucun des pays soumis au joug de la banque internationale capitaliste n’a pu faire.
 

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