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I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 10 Mai 2012 

LA POLITIQUE D'OBAMA ENVERS L'AMÉRIQUE LATINE
Qui a changé quoi ?

Dalia Gonzalez Delgado

LORSQUE les présidents latino-américains ont suivi la campagne présidentielle de Barack Obama en 2008, ils ont pensé que l’on pourrait peut-être s’attendre à des changements dans la politique de Washington vis-à-vis de la région.

En 2009, quelques mois après avoir pris possession du Bureau Oval, Obama jugea bon de nourrir les espoirs des participants au 5e Sommet des Amérique, à Trinidad et Tobago. À cette rencontre, le président des États-Unis en profita pour serrer la main de son homologue vénézuélien Hugo Chavez et faire des déclarations sans précédent. Il affirma que le moment était venu de développer une relation entre égaux. « Parfois nous avons cherché à imposer nos conditions », devait-il déclarer. Et d’ajouter :

« Nous pouvons nous tromper, nous l’admettons, car nous sommes humains ». Obama exprima aussi son souhait de donner « une nouvelle direction » aux relations avec Cuba.

Aujourd’hui, on sait que ce n’était qu’une mise en scène, du pur théâtre. Il ne fit que changer de discours par rapport à celui, peu intelligent, de George W. Bush. Les arguments invoqués aujourd’hui par Obama sont les mêmes que ceux de son prédécesseur.

Les États-Unis ont appuyé le putsch au Honduras ; ils continuent de financer la subversion au Venezuela, et le blocus exercé contre Cuba n’a pas changé d’un iota. Les exemples sont légion à ce propos.

La politique de la Maison-Blanche est toujours la même : tenter de détruire ou d’entraver les processus de concertation politique qui, malgré elle, se développement sur notre continent. Mais Washington a de plus en plus de mal à imposer sa volonté. Le 6e Sommet des Amérique en est un exemple.

À Cartagena de Indias, pour la première fois l’Amérique latine a parlé haut et fort. Obama est reparti tête basse. Et ce non pas à cause du scandale sexuel de son Secret Service que, soit dit en passant, les médias ont amplifié pour cacher la véritable signification de ce Sommet.

Au terme de cette réunion, d’influents quotidiens des États-Unis ont reconnu que leur pays se trouvait aujourd’hui à la défensive en ce qui concerne le « dossier cubain » face à l’Amérique latine.

Le Washington Post faisait remarquer que « le blocus reflète à quel point les États-Unis restent en marge du consensus politique du continent. Il est contradictoire qu’après avoir promis une nouvelle relation avec ses voisins du Sud, Obama ne puisse exhiber que très peu de succès ».

Pour certains analystes, le problème réside dans le fait que Washington a négligé son « arrière-cour » pour accorder davantage d’attention au Moyen Orient.

Carlos Oliva, professeur de l’Université de La Havane, a commenté à Granma que « le fait que la région ne soit pas une priorité d’une administration donnée ne veut pas dire qu’elle a cessé d’occuper une place permanente dans la ligne générale de la politique extérieure des États-Unis. Au cours de presque toute l’histoire de ce pays, nous avons servi de laboratoire de politiques et de plateformes pour ses stratégies ».

« Même si le Proche Orient, l’Asie et la Russie sous le leadership de Poutine constituent pour eux des priorités, la politique d’Obama vis-à-vis de l’Amérique latine et de la Caraïbe est essentiellement une politique de continuité », a affirmé le professeur Oliva.

Le Sommet de Cartagena a revêtu une importance particulière qui a confirmé que la région n’est plus la même. Il existe aujourd’hui un rapport de force très intéressant qui ne concerne pas seulement les « gauches » ou le socialisme, ce qui complique encore plus les réponses aux États-Unis. Par ailleurs, Washington a cessé d’être le seul acteur externe décisif pour les marchés et le commerce de la région ».

Pouvons-nous être optimistes et assurer que les États-Unis ont perdu de l’influence en Amérique latine ? Le professeur Joseph Tulchin du Centre David Rockefeller d’Études Latino-américaines de l’Université de Harvard, a déclaré à notre quotidien par voie électronique que « le problème n’est pas de savoir si les États-Unis ont perdu de l’influence, mais que certains pays latino-américains ont consolidé leur présence et leur rôle dans le monde et ne veulent plus de ces rapports historiques de faiblesse et de vulnérabilité face à l’hégémonie de Washington », a-t-il signalé.

Le professeur Carlos Oliva livrait l’observation suivante : « N’allons pas penser que c’en est fini du Système interaméricain. La nouveauté, c’est que les conditions de négociations ne sont plus les mêmes. Cuba fait partie du nouveau système latino-américain et caribéen. C’est une réalité qu’ils ne peuvent continuer d’ignorer ».

Pour Mark Weisbrot, économiste du Centre pour la recherche en économie et en politique (CEPR) à Washington DC, « l’Amérique latine est aujourd’hui plus indépendante des États-Unis que l’Europe, et cette indépendance ne cesse de grandir. Il existe des raisons structurelles à ces changements, dont l’échec du néolibéralisme. La chose la plus importante est peut-être le fait que les gens de la région aient voté en faveur des gouvernements de gauche parce qu’ils peuvent le faire. Dans le passé, les États-Unis ne permettaient pas de prendre ce genre de décisions de façon pacifique ».

Il est clair que l’administration Obama n’a pas changé la politique étrangère US envers l’Amérique latine. Mais la symphonie politique au sud du Rio Bravo, elle, n’est plus la même. Elle est plus harmonieuse, et la Maison-Blanche devra l’accepter ... et s’adapter.
 

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