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 C U L T U R E L L E S

La Havane. 7 Juin 2012

Alain Gutiérrez:
chaque instant… une note

Mireya Castañeda

ALAIN Gutiérrez (La Havane 1975) est un photographe de renom dont les portraits de chanteurs-compositeurs, les photos d’« almendrones » (voitures anciennes), ainsi que de plusieurs sites de la capitale ont révélé un regard de qualité aussi bien sur le détail de la photo que sur sa composition.

Il revient aujourd’hui nous séduire avec son exposition Les 20 accords d’un cyclope, accueillie à la salle Majahonda du Centre Pablo de la Torriente Brau, où il travaille régulièrement depuis plus d’une dizaine d’années.

Deux des tendances de l’art promus par le Centre Pablo de la Torriente Brau nous donnent l’occasion d’apprécier aujourd’hui cette intéressante exposition : les salons d’Art numérique, mais également les concerts de guitare A Guitarra limpia, où la « trova » (chanson d’auteur) et ses courants successifs disposent d’un espace de choix dans le jardin des yagrumas.

Cette fois, Alain Guitiérrez a troqué son costume de journaliste photographique contre celui d’artiste numérique.

Les protagonistes de cette exposition ne sont pas les personnes, mais la guitare, les cordes, l’acte même de la musique : la capture de chaque instant qui, selon l’artiste, a une note particulière.

Le dialogue avec Alain Gutierrez, aimable collaborateur de cette publication, se déroule dans la salle Majahonda, où il nous explique dans le détail chacune des photos qu’il a choisie de présenter à l’exposition.

Vous appréciez cette salle ?

C’est la première fois que je suis seul à la salle Majahonda, l’espace naturel pour présenter mon travail. Exposer ici est un luxe.

20 accords d’un cyclope ?

Ce sont des photos prises l’an dernier au Festival Narch Jazz, à Bergen, aux Pays-Bas, où j’étais invité comme photographe, et aussi d’autres de cette année pendant la tournée cubaine de la chanteuse Rochy, intitulée Contracorriente.

Ce sont des photos travaillées ?

J’ai voulu m’échapper de ce que j’ai l’habitude de faire comme journaliste. Donner moins d’informations. Je me suis affranchi des conventions photographiques pour exploiter les images, plutôt comme le ferait un peintre. Du point de vue numérique, j’ai accentué les couleurs, beaucoup augmenté les contrastes de tons pour obtenir des images différentes. Ce sont des photos témoignages. L’intervention est minime, mais ce ne sont pas des photos manipulées. Les scènes sont exactes : ce que tu vois, c’est ce qui s’est passé.

La guitare comme protagoniste ?

En effet, les protagonistes ne sont pas les personnes - même s’il y a quelques personnages - mais l’acte de musique. Ce que je veux transmettre à travers les images, c’est la façon dont j’ai ressenti la musique : ce que j’ai vue, la musique que j’ai ressentie. Que les gens ne voient pas les photographies mais les accords de musique qui s’échappent des cordes.

L’Art numérique ?

C’est ma technique. Je ne crains ni les pixels, ni le grain sur les photos. J’aime son effet, sa texture.

Quelques détails techniques ?

La caméra est une Nikon 3 000, et je tire en format raw, un format cru qui n’a pas d’interprétation numérique, et qui me permet de donner ma propre interprétation. Ainsi, je peux faire de grandes impressions. Le raw est un format intéressant, sans interprétation mathématique, un peu comme un négatif numérique. Tu peux faire toutes sortes d’interventions sur la photo, sans perdre l’original.

Quelle est la part de la guitare dans ce projet ?

Je travaille depuis 12 ans au Centre, et aussi avec les musiciens de A guitarra limpia. Avec le temps, j’ai appris certains des mouvements. C’est comme le photographe de ballet qui sait à quel moment le danseur va sauter, quel tour il va faire. Pour la guitare, je sais quand il va pincer la corde, et même où me placer sur la scène pour ne pas gêner le public et photographier ce qui m’intéresse. Je peux anticiper le mouvement ».

Grâce au choix judicieux de la lumière, des tons, de la couleur, ou du détail à accentuer, Alain Gutierrez nous offre aujourd’hui cette magnifique exposition Les 20 accords d’un cyclope. On peut y découvrir une note éteinte, la violence d’un geste, l’accord désiré… Toute la magie de la guitare.
 

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