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La Havane. 14 Juin 2012 

Le capitalisme, c'est de la fraude
• Interview du secrétaire général
du Parti communiste espagnol (PCE)

Sergio Alejandro Gomez

L’HOMME politique espagnol José Luis Centella est loin de l’image stéréotypée du tribun. Dans un langage posé et simple, il nous livre ses impressions.

Le parti qu’il dirige depuis 2009 accumule 90 ans de luttes, qui vont depuis la défense de la République contre l’armée fasciste, jusqu’à la dure étape survenue après la chute du Mur de Berlin. Centella est conscient que les communistes espagnols sont confrontés à un nouveau défi imposé par la crise économique et sociale qui frappe l’Europe en général, et l’Espagne en particulier.

« Pendant une période de 15 ou 20 ans, le capitalisme semblait apporter des réponses aux problèmes des Espagnols. Il y avait de l’emploi, une croissance économique et un certain bien-être général. Par ailleurs, le camp socialiste s’était effondré. Même à cette époque, nous disions que tout cela était faux et basé sur la spéculation », signale Centella dans son entretien avec Granma.

« Aujourd’hui en Espagne nous affichons un taux de chômage de 24%, et un jeune sur deux est sans travail. Dans des régions comme l’Andalousie, d’où je viens, les statistiques sont encore plus élevées. À cela s’ajoute un niveau de pauvreté qui s’est multiplié en à peine quelques années ».

« Ce capitalisme apparemment triomphant n’était qu’un leurre. Si bien qu’aujourd’hui les gens sont dans un état de grande confusion qui a débouché sur des manifestations de protestation ».

« Face à cette situation, le PCE est appelé à organiser les secteurs touchés par la crise, et à les doter d’un instrument de lutte ».

« À l’heure actuelle le Parti est en train de recouvrer son potentiel, et l’une des clés pour y parvenir, c’est de récupérer un discours clairement anticapitaliste et révolutionnaire. Auparavant, nous avons traversé une étape très compliquée qui nous a fait perdre notre base sociale et notre force, mais au cours des deux derniers congrès nous avons misé sur le renforcement de notre organisation, au grand dam de ceux qui se frottaient les mains en croyant que nous allions disparaître ».

« Au milieu de la grave crise sociale qui a provoqué des pénuries économiques, il est essentiel de canaliser le mécontentement social à travers des voies révolutionnaires. Autrement, nous courons le risque que ces forces soient utilisées par le fascisme ».

« Le fascisme cherche à identifier l’émigrant, l’étranger, comme l’ennemi, afin de maintenir le capitalisme intact. Le rôle du Parti est de montrer du doigt le véritable ennemi : un système qui a spolié l’Espagne, comme il l’a fait avec beaucoup d’autres pays ».

APPRENDRE PLUTÔT QU’ENSEIGNER

La portée de la lutte dans laquelle sont engagés les mouvements révolutionnaires en Europe exige l’union des forces. D’où les alliances tissées par le PCE au sein de la Gauche unie (IU).

« Le Parti se présente aux élections à travers cette alliance, mais il conserve son indépendance et sa structure pour ce qui est du reste des fonctions. Les groupes qui la constituent ne sont pas tous communistes ; ils sont anticapitalistes, nationalistes et écologistes. La gauche espagnole ainsi que celle du reste de l’Europe, se doivent de relever le défi qui consiste à prouver qu’il existe des alternatives au capitalisme. C’est pourquoi qu’il faut tirer des leçons de tous les processus historique, sans copier mécaniquement ».

Le secrétaire général du PCE estime que l’Amérique latine est aujourd’hui à l’avant-garde de la lutte contre le capital, et que c’est l’endroit où le marxisme s’étend à la rue. « Aux prochaines élections du Venezuela, l’enjeu majeur ne sera pas si c’est Chavez ou Capriles le président, mais si l’on construit le socialisme ou si l’on revient au système antérieur ».

La gauche européenne doit être consciente qu’en ce moment de l’histoire l’Europe est à la traîne dans la confrontation contre le capitalisme. Aujourd’hui nous avons beaucoup de choses à apprendre des autres ».

JE ME SENS COMME CHEZ MOI

Concernant les tentatives de certains secteurs de la droite espagnole pour reprendre leur politique agressive contre Cuba, José Luis Centella signale qu’ « il y a une réalité qu’ils n’ont jamais pu changer : le peuple espagnol est solidaire du peuple cubain. Malgré tous ses efforts, la droite n’a jamais été capable de consolider un sentiment anticubain. C’est pourquoi elle n’a jamais pu mobiliser qu’un petit groupe de renégats ».

« La solidarité avec Cuba ne cesse d’augmenter. En Espagne, de plus en plus de gens sont au courant de l’affaire des Cinq, qui a cessé d’être un tabou. C’est une question qui doit être connue, parce qu’elle prouve l’injustice d’un pays qui se dit champion de la démocratie de démocratie et de la lutte contre le terrorisme ».

« Le mouvement de solidarité avec les Cinq s’est consolidé, au point que nombreux sont les gens qui ont commencé à se rapprocher de Cuba et de son histoire après avoir pris connaissance de l’histoire de ces combattants antiterroristes injustement incarcérés aux États-Unis.

« Le Parti communiste espagnol a également livré une grande bataille en faveur de la levée blocus que les États-Unis exerce contre Cuba. Par le biais d’une interpellation au Congrès, nous avons obtenu une déclaration de dénonciation de la part du Gouvernement espagnol. C’est quelque chose de difficile à justifier ».

La longue amitié qui unit José Luis Centella avec les Cubains l’a même poussé à aimer le baseball, le sport national à Cuba. Son équipe : Industriales. « Ici, je me sens vraiment comme chez moi ».
 

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