Le capitalisme,
c'est de la fraude
• Interview du secrétaire général
du Parti communiste espagnol (PCE)
Sergio Alejandro Gomez
L’HOMME politique espagnol José Luis Centella est
loin de l’image stéréotypée du tribun. Dans un langage
posé et simple, il nous livre ses impressions.
Le parti qu’il dirige depuis 2009 accumule 90 ans de
luttes, qui vont depuis la défense de la République
contre l’armée fasciste, jusqu’à la dure étape survenue
après la chute du Mur de Berlin. Centella est conscient
que les communistes espagnols sont confrontés à un
nouveau défi imposé par la crise économique et sociale
qui frappe l’Europe en général, et l’Espagne en
particulier.
« Pendant une période de 15 ou 20 ans, le capitalisme
semblait apporter des réponses aux problèmes des
Espagnols. Il y avait de l’emploi, une croissance
économique et un certain bien-être général. Par ailleurs,
le camp socialiste s’était effondré. Même à cette époque,
nous disions que tout cela était faux et basé sur la
spéculation », signale Centella dans son entretien avec
Granma.
« Aujourd’hui en Espagne nous affichons un taux de
chômage de 24%, et un jeune sur deux est sans travail.
Dans des régions comme l’Andalousie, d’où je viens, les
statistiques sont encore plus élevées. À cela s’ajoute
un niveau de pauvreté qui s’est multiplié en à peine
quelques années ».
« Ce capitalisme apparemment triomphant n’était qu’un
leurre. Si bien qu’aujourd’hui les gens sont dans un
état de grande confusion qui a débouché sur des
manifestations de protestation ».
« Face à cette situation, le PCE est appelé à
organiser les secteurs touchés par la crise, et à les
doter d’un instrument de lutte ».
« À l’heure actuelle le Parti est en train de
recouvrer son potentiel, et l’une des clés pour y
parvenir, c’est de récupérer un discours clairement
anticapitaliste et révolutionnaire. Auparavant, nous
avons traversé une étape très compliquée qui nous a fait
perdre notre base sociale et notre force, mais au cours
des deux derniers congrès nous avons misé sur le
renforcement de notre organisation, au grand dam de ceux
qui se frottaient les mains en croyant que nous allions
disparaître ».
« Au milieu de la grave crise sociale qui a provoqué
des pénuries économiques, il est essentiel de canaliser
le mécontentement social à travers des voies
révolutionnaires. Autrement, nous courons le risque que
ces forces soient utilisées par le fascisme ».
« Le fascisme cherche à identifier l’émigrant,
l’étranger, comme l’ennemi, afin de maintenir le
capitalisme intact. Le rôle du Parti est de montrer du
doigt le véritable ennemi : un système qui a spolié
l’Espagne, comme il l’a fait avec beaucoup d’autres pays ».
APPRENDRE PLUTÔT QU’ENSEIGNER
La portée de la lutte dans laquelle sont engagés les
mouvements révolutionnaires en Europe exige l’union des
forces. D’où les alliances tissées par le PCE au sein de
la Gauche unie (IU).
« Le Parti se présente aux élections à travers cette
alliance, mais il conserve son indépendance et sa
structure pour ce qui est du reste des fonctions. Les
groupes qui la constituent ne sont pas tous communistes
; ils sont anticapitalistes, nationalistes et
écologistes. La gauche espagnole ainsi que celle du
reste de l’Europe, se doivent de relever le défi qui
consiste à prouver qu’il existe des alternatives au
capitalisme. C’est pourquoi qu’il faut tirer des leçons
de tous les processus historique, sans copier
mécaniquement ».
Le secrétaire général du PCE estime que l’Amérique
latine est aujourd’hui à l’avant-garde de la lutte
contre le capital, et que c’est l’endroit où le marxisme
s’étend à la rue. « Aux prochaines élections du
Venezuela, l’enjeu majeur ne sera pas si c’est Chavez ou
Capriles le président, mais si l’on construit le
socialisme ou si l’on revient au système antérieur ».
La gauche européenne doit être consciente qu’en ce
moment de l’histoire l’Europe est à la traîne dans la
confrontation contre le capitalisme. Aujourd’hui nous
avons beaucoup de choses à apprendre des autres ».
JE ME SENS COMME CHEZ MOI
Concernant les tentatives de certains secteurs de la
droite espagnole pour reprendre leur politique agressive
contre Cuba, José Luis Centella signale qu’ « il y a une
réalité qu’ils n’ont jamais pu changer : le peuple
espagnol est solidaire du peuple cubain. Malgré tous ses
efforts, la droite n’a jamais été capable de consolider
un sentiment anticubain. C’est pourquoi elle n’a jamais
pu mobiliser qu’un petit groupe de renégats ».
« La solidarité avec Cuba ne cesse d’augmenter. En
Espagne, de plus en plus de gens sont au courant de
l’affaire des Cinq, qui a cessé d’être un tabou. C’est
une question qui doit être connue, parce qu’elle prouve
l’injustice d’un pays qui se dit champion de la
démocratie de démocratie et de la lutte contre le
terrorisme ».
« Le mouvement de solidarité avec les Cinq s’est
consolidé, au point que nombreux sont les gens qui ont
commencé à se rapprocher de Cuba et de son histoire
après avoir pris connaissance de l’histoire de ces
combattants antiterroristes injustement incarcérés aux
États-Unis.
« Le Parti communiste espagnol a également livré une
grande bataille en faveur de la levée blocus que les
États-Unis exerce contre Cuba. Par le biais d’une
interpellation au Congrès, nous avons obtenu une
déclaration de dénonciation de la part du Gouvernement
espagnol. C’est quelque chose de difficile à justifier ».
La longue amitié qui unit José Luis Centella avec les
Cubains l’a même poussé à aimer le baseball, le sport
national à Cuba. Son équipe : Industriales. « Ici, je me
sens vraiment comme chez moi ».