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 I N T E R N A T I O N A L E S

La Havane. 12 juillet 2004

LES ÉLECTIONS AUX ÉTATS-UNIS
Fraude et ségrégation raciale au royaume du
frèrissime
• Une étude dénonce l’existence aux USA de réglementations électorales racistes inspirées de lois ségrégationnistes du XIXe siècle • La Floride, championne de l’exclusion arbitraire d’ex-détenus • Le gouverneur Jeb Bush, qui maitient 600 000 personnes en marge des listes électorales et détermine leur réinsertion, possède des antécédents éloquents qu’il préfère oublier


PAR JEAN-GUY ALLARD, spécialement pour Granma international

SELON une nouvelle étude réalisée par des spécialistes des universités du Minnesota et de Northwestern, l’exclusion du processus électoral aux États-Unis de plus de 1,4 million d’ex-détenus noirs est délibérément raciste et directement inspirée de lois ségrégationnistes établies au XIXe siècle. Et la Floride occupe la première place parmi les États de l’Union qui appliquent avec le plus de cruauté ces procédés discriminatoires.

Dans la nation qui pose en modèle de démocratie, plus de 1,7 million de citoyens n’ont pas le droit de voter car ils ont des antécédents judiciaires. La grande majorité de ces personnes sont de race noire, un groupe social dont un fort pourcentage des votes s’adresse au Parti démocrate.

La Floride, État stratégique pour une réélection du président républicain George W. Bush et gouverné par son frère, détient un record national: 600 000 de ses citoyens sont privés de leur droit d’aller aux urnes.

C’est le gouverneur Jeb Bush lui-même qui régit le système électoral par l’intermédiaire de sa secrétaire d’État, Glenda Hood, proche du Cubano-Américain Mel Martinez, ex-secrétaire fédéral au logement et complice notoire de la mafia cubano-américaine de Miami.

D’après le rapport rédigé par un groupe d’experts du système électoral nord-américain, la Floride, la Géorgie, la Virginie et le Kentucky figurent parmi les États où les dernières élections au Sénat ont été les plus serrées (tout comme les élections présidentielles de 2000) et ont été gagnées par les républicains, en grande partie grâce aux restrictions appliquées au vote des ex-détenus.

Le document, intitulé Felony Voting Rights and the Disenfranchisement of African Americans (Le vote des ex-détenus et l’exclusion des Afro-Américains) complète une étude antérieure, Ballot Manipulation and the "Menace of Negro Domination" (Manipulation du vote et la "menace de la domination noire"), un travail conjoint des Universités du Minnesota et de Northwestern.

«Les Afro-Américains forment une partie significative de la population exclue», a commenté Christopher Uggen, sociologue de l’Université du Minnesota et co-auteur du rapport, dans une interview pour le site web Bet.com.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, a-t-il expliqué, de nombreux États de l’Union refusèrent de se soumettre au 5e Amendement, qui garantit le droit de vote aux Noirs, et appliquèrent une variété de règlements et de lois afin de minimiser ce vote sous le prétexte d’une soi-disant «menace de la domination noire».

L’esprit de ce refus d’octroyer leurs droits fondamentaux aux descendants d’esclaves se retrouve dans chaque règlement qui entrave l’accès de cette importante minorité à une démocratie élémentaire. Pas grand-chose n’a changé en la matière dans de nombreuses parties du sud esclavagiste et dans d’autres régions d’une nation qui en envahit d’autres pour leur imposer son concept de démocratie.

Treize pour cent des noirs des États-Unis sont privés de leur droit de vote. Plus de 245 000 femmes se trouvent dans la même situation.

Dans six des États qui nient un droit aussi fondamental par le biais de règlements racistes (Alabama, Floride, Kentucky, Mississippi, Virginie et Iowa), une personne d’origine africaine sur quatre est privée de son droit de vote.

Seuls les États du Maine et du Vermont, dans le Nord-Est, permettent aux ex-détenus de prendre part aux élections.

Dans le monde, la norme est que les détenus recouvrent automatiquement la totalité de leurs droits civiques lorsqu’ils ont purgé leur peine.

SUPPLIER LE GOUVERNEUR

En Floride, les ex-détenus qui souhaitent recouvrer leurs droits doivent solliciter ce «privilège» à travers un long processus bureaucratique. Dans les cas de crimes très graves, ils doivent parvenir à se faire convoquer et comparaître en personne à une audience spéciale présidée par le gouverneur Jeb Bush, une procédure médiévale extrêmement humiliante où l’intéressé doit supplier le gouverneur de lui restituer ses facultés.

En 2003, celles-ci ont été rendues à 21 000 ex-détenus après l’intervention d’organisations de défense des droits civiques, lesquelles ont montré qu’un nombre énorme de personnes exclues par erreur n’ont pu participer aux élections de 2000.

À quatre mois des présidentielles, 8 000 demandeurs n’ont pas été reçus, selon les propres services de Bush.

L’élection du prochain président des États-Unis pourrait se décider en Floride et par à marge très étroite de votes, selon tous les observateurs.

Le mois dernier, les fonctionnaires de Bush ont annoncé avoir détecté 47 000 personnes enregistrées comme votants et susceptibles d’être d’anciens détenus, ajoutant que le gouverneur avait ordonné leur exclusion: une procédure si absurde et arbitraire que le plus haut responsable du Département des élections de l’État, Ed Kast, a remis sa démission.

Tenue secrète en vertu d’une loi de la Floride votée par les républicains peu après l’«élection» volée de George W. Bush, la liste de ces 47 000 possibles exclus ne peut être consultée par la population comme n’importe quelle liste d’électeurs; un cas sans aucun doute unique au monde. L’État a consenti récemment à remettre une copie de cette liste à l’American Civil Liberties Union (ACLU), le plus important groupe de défense des droits civiques, après que ce dernier se soit fait reconnaître comme conseiller juridique du Green Party.

Outre cette situation scandaleuse, la Floride n’a toujours pas de système de vote fiable. Tout indique que les prochaines élections donneront lieu à des situations aussi absurdes que celles qui se sont produites en 2000 dans les comtés de Miami-Dade et Broward.

Au milieu de la crise figure l’informatisation du vote. Un rapport d’un fonctionnaire du comté de Miami-Dade vient de révéler que les machines à voter iVotronic utilisées dans ce comté et dans celui de Broward présentent un «sérieux défaut». Selon cet expert, ces appareils provoquent la perte de votes.

L’ACLU a elle-même réalisé une étude dans 31 bureaux de vote de Miami-Dade, analysant les résultats d’une élection survenue en septembre 2002; elle a constaté à cette occasion que 18 752 électeurs avaient signé le registre au moment de voter, et que 17 208 votes seulement avaient été finalement comptabilisés par les machines.

Dépourvus d’un mécanisme d’impression sur papier, les appareils iVotronic, dont l’utilisation vient d’être interdite en Californie, ne permettent pas de connaître en détail les résultats du vote. La secrétaire d’État, Glenda Hood, a refusé à plusieurs reprises l’autorisation d’acheter l’accessoire d’impression qui permettrait la vérification du processus. •

RECUADRO...

LES ANTÉCÉDENTS DU GOUVERNEUR

• L’EXCLUSION raciste du vote d’individus ayant des antécédents criminels, la manipulation de listes secrètes et la confusion propice à la fraude qui couronnera probablement, selon de nombreux observateurs, les prochaines élections, convient à un Parti républicain ouvertement allié à la mafia cubano-américaine.

Le passé douteux de Jeb Bush, qui fut le comparse de crapules notoires dans beaucoup de leurs aventures financières, lui permet de s’orienter avec facilité dans cette gigantesque opération de bluff.

À son arrivée du Texas en Floride, il fut recruté par Armando Codina, homme d’affaires alors membre du Conseil de direction de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA). Par l’intermédiaire d’un ami millionnaire complaisant, ils reçurent un prêt de 4,56 millions de dollars de la Broward Federal Savings & Loan Association, de Sunrise, Floride, pour l’achat d’un immeuble à Miami. Incapables de rembourser le prêt, ils obtinrent des responsables fédéraux la réduction à 505 000 dollars de l’estimation du prix de l’édifice de façon à pouvoir payer cette somme, garder la propriété de l’immeuble et ensuite porter plainte contre les ex-administrateurs de la Broward Federal Saving & Loan Association, alors en banqueroute.

Jeb fut également lié à Leonel Martinez, narcotrafiquant connu qui introduisit plus d’une tonne et demi de cocaïne à Miami en 1985-1986. Lorsqu’il fut arrêté, en 1989, puis condamné, les procureurs fédéraux eurent en leur possession une éloquente photo de Jeb donnant une poignée de main à Martinez, mais ils refusèrent de la livrer à la presse. Entre temps, Martinez avait alimenté par chèques un Fonds pour l’avenir de l’Amérique créé par le vice-président George Bush père, et contribué ensuite à la campagne présidentielle de celui-ci.

Autre douteuse relation d’affaires qui ne vaudrait pas à Jeb Bush d’être exclu des listes électorales: celle qui le lia à l’entrepreneur guatémaltèque d’extrême droite Mario Castejon, qui présenta un leader de la contra nicaraguayenne susceptible de fournir des «services médicaux» aux mercenaires à travers le réseau illégal dirigé par Oliver North, Donald Gregg et le narcoterroriste Félix Rodriguez.

Jeb fut aussi associé à «Manny» Diaz, qui comptait parmi ses relations d’affaires Charles Keating Jr., condamné pour avoir escroqué le chiffre record de six milliards de dollars à des dizaines d’investisseurs de la Lincoln Savings.

Il reste à mentionner ses liens étroits avec Miguel Recarey, autre Cubano-Américain «à succès», qui détourna une grande partie d’une subvention fédérale destinée à des services publics de santé de Miami. Il organisa en outre, par le biais de sa firme, l’International Medical Centers (IMC), des services hospitaliers... pour les mercenaires de la contra nicaraguayenne, une spécialité du fils de celui qui était alors vice-président des États-Unis, George Bush.

Simultanément, Jeb reçut 75 000 dollars de l’IMC pour trouver, en qualité d’agent immobilier, un nouveau siège à la firme de Recarey... ce qu’il ne fit jamais.

Recarey apparaît aujourd’hui sur la liste des individus les plus recherchés par le FBI.

Et Bush, qui n’a pas oublié le passé, décide de qui doit ou non voter dans un État où en 2000 fut violé de manière spectaculaire le rêve de démocratie nord-américain.

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